dimanche 23 novembre 2008

Virées automnales (2/2) : Chicago

Je suis de nouveau à la bourre puisque ça fait (déjà) presque 2 semaines que je suis rentré de Chicago où, grâce à la générosité sans limites de Monsieur United, j'ai pu me rendre pour 10 dollars. C'est d'ailleurs avec amusement que j'ai découvert cet article sur Jimi Hendrix et Barack Obama, enfants de Seattle et Chicago incarnant "l'Amérique réconciliée", paru alors que j'étais précisément à Chicago. Un grand merci au passage à Paulo, mon ex-roommate de stage mili à Hyères, qui m'a accueilli chez lui pour ce week-end à rallonge.


J'ai eu le plaisir de me faire surprendre tout le week-end par cette ville dont je ne savais absolument rien, mis à part qu'elle est la ville d'Al Capone, des Blues Brothers, de Tintin en Amérique et d'Urgences, où l'on voit souvent le métro surélevé. Qu'y ai-je donc découvert ?


Tout d'abord, qu'il y fait froid. Pas encore de neige au sol, mais on en a vu tomber du ciel. Sachant qu'il faisait bien 25°C et grand ciel bleu quand on est partis de San Francisco, le contraste a été rude en arrivant sous les nuages par 0°C. De quoi ne pas avoir de regrets en repartant ! (Je dis "on", car Thomas et Stouf faisaient partie du voyage). Autant dire qu'on ne s'est pas trop attardés sur la "plage" au bord du lac Michigan.


Ensuite, j'ai découvert une très belle ville, certainement l'une des plus riches du pays en architecture des XIXe-XXe Siècles. Mies Van Der Rohe n'y avait-il pas élu domicile lorsque le Bauhaus fut déclaré "art dégénéré" par les nazis ? Mais avant ça la ville a été imprégnée des styles beaux-arts et art-déco, avant que Louis Sullivan ne développe l'école de Chicago tenante d'une architecture fonctionnaliste et qui construisit les premiers gratte-ciel. C'est d'ailleurs ici que se trouve la plus haute tour du pays (depuis le 11 septembre), la Sears Tower. L'architecture tour en bateau sur la Chicago river qui traverse la ville permet d'en savoir plus en la matière - et accessoirement de se transformer en glaçon sur pattes lorsque vous avez la bonne idée de le faire en novembre. Regardez d'ailleurs comment Thom et Paul ont l'air réchauffés.


J'ai beaucoup aimé le Millenium Park, adjacent au Grant Park où Obama a tenu son discours de victoire le 4 novembre. Ce parc au pied des buildings rassemble quelques chefs-d'oeuvre dont le "bean", un gros haricot d'acier poli, et le Pritzker Pavillion, une salle de concert en plein air signée Gehry. Juste à côté le Chicago Art Institute vaut son pesant de cacahuètes même si nous n'avons pas pu admirer les galeries impressionnistes (qui font la célébrité du musée) pour cause de rénovation.


Côté vie nocturne Chicago n'est pas en reste et nous en avons bien profité, avec pour commencer le bar au sommet de la Hancock Tower avec vue sur la ville - et qui oublie généreusement de compter la moitié de nos consommations.


Dimanche soir direction le Kingston Mines, un des meilleurs clubs de blues de la ville, qui fut à la hauteur de sa réputation ! Premier groupe : Charlie Love, un batteur, un bassiste, et une curieuse association d'une Fender et d'une Gibson pour un résultat pas dégueu.


On change de salle pour le king de la soirée, Linsey Alexander, qui a l'air tout tranquille vu de loin mais qui sait faire cracher sa Les Paul comme il faut dès qu'il s'énerve un peu dessus ! Et comme monsieur aime les femmes il en profite pour venir les draguer une par une dans la salle, et bien évidemment Steph y a eu droit :


Enfin je n'aurais pas pu repartir de Chicago sans aller faire un tour du côté de chez Monsieur Obama, dont la maison n'es qu'à 5 stations de métro de chez Paul. La rue est bien gardée par des policiers plutôt sympas qui vous laissent prendre toutes les photos que vous voulez, du moment que vous ne vous arrêtez pas de marcher (le fameux "keep moving" américain...). Et je dois dire qu'à 4 la famille Obama ne doit pas trop se marcher dessus vue la taille de la maison !

Virées automnales (1/2) : Seattle

Je suis un peu à la bourre, puisqu'il y a en effet (déjà) deux semaines que la "French Connection" est allée passer un petit week-end des plus agréables dans la ville du grunge, de Starbucks et de Grey's Anatomy : Seattle !
C'est une phrase d'American Vertigo qui m'avait donné envie de découvrir cette ville si particulière : "j'ai aimé que cette métropole postaméricaine, celle où, si elle doit s'inventer quelque part, s'invente la civilisation US de demain, demeure, envers et contre tout, si obstinément européenne".

Européenne ? C'est aussi le sentiment que j'ai eu en arpentant Market Place, l'énorme marché qui surplombe le front de mer (ou plutôt de bras de mer - on est quand même à 100 km dans les terres...) et qui a de quoi surprendre, étant donné le peu d'intérêt des américains pour des produits frais, variés et savoureux comme on en trouve sous ces halles dont le parfum et les couleurs m'ont rappelé quelques bons souvenirs d'enfance.


Les commerces alentour, les musiciens partout dans les rues, les enfilades de bars échappant tous au canon américain "étagères en verre avec les bouteilles éclairées par des néons fluos, grand comptoir et ribambelle d'écrans plasma retransmettant football, baseball ou basket" (sans oublier qu'on ne vous y demande pas votre ID) : l'ambiance dans ce haut-lieu culturel américain a paradoxalement quelque-chose d'européen, et ça n'est pas déplaisant. La French Touch y a d'ailleurs la cote : voyez comment ils ont appelé le Macy's local...


Nous n'avons pas manqué de monter au sommet de la Space Needle, construite pour l'exposition universelle de 1962. Admirez le panorama - qui serait amélioré si l'obsession américaine de pourrir tout littoral en y construisant une autoroute en béton la plus laide possible n'avait pas également sévi ici.


Seattle c'est aussi l'Experience Music Project, le musée de la musique financé par Paul Allen (cofondateur de Microsoft) et dessiné par Gehry. Un musée en grande partie dédié aux enfants du pays, au premier rang desquels l'immortel Jimi Hendrix et bien-sûr Nirvana. La légende veut que si vous laissez votre médiator un soir sur la tombe de Jimi et que vous l'y retrouvez le lendemain matin, vous serez capable de jouer Purple Haze de la main gauche... En tout cas le musée recèle de pièces uniques, comme cette sculpture géante à base d'instruments (c'est moi en bas), la Strato utilisée par Jimi à Woodstock ou quelques autres qu'il a asmathées sur scène.


J'en termine avec Seattle en évoquant le centre historique, celui des bûcherons et des scieries (les troncs arrivaient en roulant sur les rues en pente telles que celle de la photo suivante), très charmant avec ses bâtiments de briques rouges et ses commerces en tous genres, qui nous a occupés une bonne après-midi.


Bref, j'ai tout aimé de Seattle qui est une des rares villes américaines où, j'en suis convaincu, je pourrais vivre. Et si la météo n'était pas forcément extraordinaire - encore que moins humide que ce qui était prévu - elle nous a réservé de superbes lumières de fin de journée, typiques, paraît-il, du coin...

mercredi 5 novembre 2008

Obama : et après ?

Le candidat du changement vient d'être élu président et les Etats-Unis - et le monde entier avec eux - sont encore plongés dans la douce euphorie du rêve devenu réalité. En une soirée, Barack Obama a réussi à effacer comme par magie les conséquences ravageuses de huit années de bushisme vis-à-vis de la communauté internationale, chose que McCain n'aurait jamais pu faire, même en quatre ans. Rien que sur ce point, le changement est colossal ; rien que pour cette raison, il était nécessaire d'élire Obama. Cependant la situation actuelle est plus que périlleuse. Barack Obama va devoir gérer l'entrée dans une époque d'incertitudes et les tourments d'une Amérique menacée dans son identité même.

"Dans l’hypothèse plausible d’un monde post-communiste, l’Europe se reconstruira autour de l’Allemagne et l’Asie autour de la Chine. Les Etats-Unis se comporteront comme l’hégémon de Gramsci, mais découvriront progressivement que dominer n’est pas contrôler", avait écrit Raymond Aron en 1984 dans Les dernières années du siècle. Le problème vient précisément de ce que la réalisation de cette prophétie géniale touche à sa fin, et que derrière elle s'ouvre l'ère du vide.

Retour en arrière : le 9 novembre 1989, la chute du Mur de Berlin marque la fin du Soviétisme et le triomphe de ce qu'Attali appelle la "démocratie de marché". Francis Fukuyama élabore sa thèse de la "fin de l'histoire" : les valeurs américaines de démocratie, de liberté et d'économie de marché allaient pouvoir se répandre sans limites sur le reste du monde et les provinces de l'empire s'aligner sur l'ordre victorieux. L'idéologie reaganienne de dérégulation prétend devenir l'alpha et l'oméga de la gouvernance politique et économique. Il a fallu moins de vingt ans et deux évènements d'une profondeur encore mal comprise pour que ces deux théories ne volent en éclats.

Le 11 septembre 2001, c'est la domination politique des Etats-Unis et leur modèle de démocratie qui explosent en vol. La remise en question de valeurs que nous concevons comme universelles éclate de manière sanglante. Le 15 septembre 2008, date de la faillite de Lehman Brothers, se charge quant à lui de pulvériser le modèle économique qui prévalait jusque-là. L'idée de "main invisible" a fait son chemin, et les thèses libérales de Milton Friedman (que Michel Rocard aurait aimé voir jugé pour crimes contre l'humanité, eût-il été toujours vivant) s'effondrent. Le début du XXIe Siècle apparaît comme un épilogue tragique du "Siècle des Ténèbres" (Todorov).

Dans un perspective plus globale, c'est à une remise en question de l'ensemble de notre modèle de développement que nous assistons, modèle sur lequel les Etats-Unis ont construit leur hégémonie : l'image du colosse aux pieds d'argile commence à se dessiner. Les absurdités de ce modèle éclatent au grand jour, de plus en plus fréquemment et de plus en plus violemment : des séquences d'évènements en apparence désordonnés, lorsqu'ils sont regardés avec la bonne loupe, apparaissent comme les craquements d'un système à l'agonie. Comme l'explique Daniel Cohen dans Trois leçons sur la société post-industrielle, l'idée angélique d'une mondialisation permettant le partage des richesses et l'enrichissement des plus pauvres est fondamentalement flouée et n'a jamais correctement fonctionné. Il faudrait parler du pillage des richesses plutôt que de leur partage : historiquement, la mondialisation telle qu'elle a été menée a exacerbé les contrastes entre oppresseurs et opprimés au lieu de les résorber. Par ailleurs, en mettant une pression toujours plus accrue sur les ressources naturelles, la mondialisation augmente le prix des biens de première nécessité, acculant toujours plus de gens à la pauvreté, et prépare un désastre écologique. Ces contraintes insupportables taraudent le système et précipitent sa chute, qui aggravera "le sanglot de l'homme blanc" (Pascal Bruckner).

Dès lors, quel modèle adopter ? Une ère de tous les possibles s'installe de laquelle peut sortir le meilleur comme le pire, mais l'absence de tout modèle de remplacement rend cette période particulièrement anxiogène.
Depuis la fin des idéologies, aucun courant philosophique n'est apparu en mesure de proposer une alternative viable à la domination idéologique américaine, dont la conception de la démocratie reste l'horizon indépassable de la pensée politique et plus que jamais "le pire des systèmes, à l'exception de tous les autres". Face au vide laissé par l'implosion de l'URSS, les néoconservateurs avaient bien tenté de redéfinir le rôle des Etats-Unis, avec le succès que l'on sait. Mais à l'heure actuelle, le monde cherche toujours son Marx ou son Benjamin Constant : ce Siècle manque cruellement de Lumières...
Sur le plan économique, l'absence de toute idéologie alternative crédible à la main invisible est encore plus patente. Aucune pensée nouvelle ne peut pour l'instant se prévaloi d'avoir l'influence de celle d'Adam Smith, de Ricardo, de Marx ou de Keynes.

Ces considérations théoriques étant faites, revenons à notre sujet : pourquoi les Etats-Unis risquent-ils de déchanter après l'élection d'Obama ?

Par nécessité, l'Amérique - surendettée - va devoir se décharger temporairement de son rôle de gendarme du monde. Ce repli stratégique fera vaciller davantage le leadership américain, contribuant à rendre le monde moins sûr. Personne ne semble pour l'instant avoir les capacités ou l'ambition de succéder aux Etats-Unis, mais les choses peuvent basculer très vite : que la Chine soit amenée à liquider une partie de ses réserves en bons du trésor américain, par exemple, ou que le pétrole cesse d'être coté en dollars, et une crise sans précédent viendra balayer à jamais les restes de l'empire américain. On le voit, Barack Obama n'a pas toutes les cartes en main pour maintenir le leadership de son pays sur le reste du monde.

Intérieurement, puisqu'aucun modèle alternatif ne semble émerger, les Etats-Unis continueront de fonctionner bon an, mal an sur les ruines encore fumantes d'un système révolu. Mais à la situation économique désastreuse, qui laisse peu de marges de manoeuvre au nouveau président, s'ajoute la contrainte d'un changement complet de paradigme. Aux promesses généreuses qui risquent de se fracasser sur le roc inamovible de la réalité budgétaire, s'impose la nécessité impérieuse pour Obama de définir et de mettre en place ce nouveau paradigme. La tâche est de taille et à l'incompréhension d'une population voyant son modèle se lézarder, risque de s'ajouter la colère d'une nation dont la grandeur ne sera plus qu'un souvenir.

Barack Obama hérite donc d'une situation tendue qui pourrait le contraindre à réduire la voilure. Des évènements sur lesquels il n'a aucune prise pourraient bien le malmener davantage, alors que la nécessité de rebâtir le monde l'appellera ailleurs à la manoeuvre. Il fera sûrement beaucoup de déçus ; je ne le lui souhaite pas, mais c'est l'issue la plus probable. Au peuple américain de faire la part des choses.

Un moment d'histoire, heure par heure

10h. Une fois n'est pas coutume, j'arrive en avance en cours de stochastique et discute avec la prof. Sa famille est originaire d'Arménie, mais a émigré vers la Bulgarie (génocide?). Elle a grandi sous le régime communiste bulgare qu'elle a fui pour vivre aux Etats-Unis. "Quand j'entends Obama, m'explique-t-elle, ce n'est pas l'image de lendemains qui chantent qui me vient en tête mais plutôt le souvenir horrible d'un régime cauchemardesque". La perspective d'un président et d'un congrès dominés par les démocrates lui fait froid dans le dos. C'est la première personne que j'entends présenter de tels arguments d'ordre affectif contre Obama. Je me tais.

12h. Je vais voir le responsable du bureau de vote de Stanford qui s'occupe du stand où les votes par courrier sont collectés. Le truc a des allures de kermesse, avec sa tente et son drapeau.


Le bureau a été pris d'assaut dans la matinée par 2000 votants, mais les choses se calment à midi. Le type est étonné lorsque je lui explique que le tapage médiatique autour de l'élection a presque été plus grand en France qu'aux Etats-Unis ces derniers jours. Il me donne gentiment le petit sticker "I voted" que je colle fièrement sur mon pull.

(oui j'ai un bouc affreux, mais c'était pour Halloween...)

12h30. Je déjeune avec Alex qui me décrit les queues monstres dans les "precincts" ce matin à San Francisco. Mais ici, le campus est étrangement calme. Seuls les panneaux omniprésents rappellent quand même qu'aujourd'hui est jour d'élection. Les américains ne votent pas seulement pour élire le président : certains Etats renouvellent leurs sénateurs, leur gouverneur ou leur assemblée ; en outre il faut répondre à un tas de référendums sur différentes proposition au niveau de l'Etat (12 en Californie), du comté et de la ville ; enfin parfois on vote pour le Sheriff. Les panneaux ci-dessous invitent à rejeter la proposition 8, qui vise à supprimer le droit au mariage pour les homosexuels en Californie. La veille le maire de San Francisco, Gavin Newsom, est venu faire campagne sur le campus contre cette proposition. Si elle passe, ce sera la première fois dans l'histoire californienne qu'on revient sur des droits accordés au préalable (et elle est passée, par 52 contre 48%...).


Ca et là quelques fans d'Obama agitent leurs bannières. Bizarrement, on en voit beaucoup moins pour McCain.


On fait la queue devant le bookstore, car une glace Ben & Jerry's est offerte à chaque votant (enfin bon, pas besoin d'avoir voté pour en récupérer une, n'est-ce pas Julie ?).


Juste à côté, sur White Plaza, on peut entarter le candidat de son choix pour $2.50.


13h. J'essaie d'interviewer des ouvriers travaillant sur un chantier voisin en me faisant passer pour un journaliste du Stanford Daily. Ils ont l'air étonné qu'on leur demande leur avis, et surtout ils ont l'air en dehors de l'agitation ambiante. Ils n'ont pas grand chose à raconter. Le premier est un blanc américain, il a voté mais pour lui les enjeux ne sont pas différents de ceux des autres élections. Le second est un mexicain, il ne vote pas aux Etats-Unis mais de toute façon il n'aurait pas su quel candidat choisir, tout ça lui paraît bien lointain. Ca m'attriste.

15h. Je discute avec un franco-américain qui refuse d'aller voter, car son vote "ne changera rien". De toute façon il ne sait pas quel candidat choisir. "Obama il est dangereux, il a quand même tenu des propos très socialistes : il a dit qu'il était contre les délocalisations !" J'ai l'impression d'habiter sur une autre planète.

18h. Je sors d'office hours et me rue sur CNN. Peu de résultats pour l'instant, et on a l'impression que l'armada de consultants et d'analystes en tous genres est là pour meubler le temps entre deux pages de pubs. Ils ont l'air de beaucoup s'amuser avec leur système de graphiques interactifs à la pointe de la technologie.

18h30. Obama remporte l'Ohio, l'élection est pliée. Aucun républicain n'a jamais accédé à la Maison Blanche sans gagner l'Ohio. Un des analystes de CNN montre que même en attribuant tous les Etats restants à McCain sauf ceux de la côte Ouest (Californie, Oregon et Washington, dont on sait qu'ils voteront "blue"), celui-ci n'arrive pas au seuil fatidique de 270 grands électeurs. Devant moi, le supporter républicain avec qui je discutais auparavant est dépité.


19h30. Les uns après les autres, les journaux annoncent la victoire d'Obama. "President Obama", titre un Fox News incrédule. "Racial Barrier Falls", écrit le New-York Times. Je n'en suis pas si sûr. A cette heure, la carte des résultats ressemble à s'y méprendre à celle de la Guerre de Sécession : les Confédérés en rouge, les Yankees en bleu. Mais personne n'y prête attention.

20h30. Je suis interviewé par "Fréquence Banane", la radio étudiante de Lausanne qui m'interroge sur les questions d'environnement aux Etats-Unis. Plutôt marrant.

21h. On arrive juste à temps chez les Groviers pour le discours d'Obama, sur grand écran en prime. Le fantôme de Martin Luther King est en lui, c'est vibrant. Encore plus lorsqu'on regarde les visages dans la foule. On aime tous les happy endings.

22h30. J'arrive à San Francisco, à la recherche d'une fête démocrate. Pour l'instant, les rues de SoMa sont pleines, mais de SDF, comme d'habitude. Tous noirs. Aucun n'a l'air à la fête, et j'ignore s'ils sont au courant. Quelle différence, pour les laissés pour compte du changement ? Pourtant, j'ose croire que cette victoire est un peu pour eux aussi...

23h. Un mardi soir sur la Terre, dans un petit coin d'Union Square. C'est absolument magique. La foule n'est pas forcément très nombreuse, mais l'ambiance est inoubliable et chargée d'émotion. D'émotion et de soulagement, comme si tous sortaient d'un même cauchemar au même moment. Les cris de joie et les klaxons résonnent autour de moi ; la chorale gay entonne quelques chants pendant que, sur Powell, le Cable-Car tourne gratuitement et fait tinter sa cloche. Toute l'Amérique est là, réunifiée : des noirs, des blancs, des jaunes, des vieux et (surtout) des jeunes, des hommes, des femmes, des sans-abri, tous souriants jusqu'aux oreilles. Tous communient autour de l'élan et de la fierté retrouvés en scandant le nom d'Obama. Il y a un peu du 9 novembre 1989 dans tout ça.

L'Amérique d'hier pourrait être en train de célébrer la victoire à l'arrachée de son dogmatisme essouflé ; mais c'est l'Amérique de demain qui jubile et respire à pleins poumons. Le monde pourrait être en train de ruminer son ressentiment contre cette vieille Amérique impérialiste ; mais le concert des nations chante à l'unisson la promesse d'une nouvelle ère. C'est un moment d'histoire.


Un SDF m'accoste. Je lui donne mes derniers quarters, mais si j'avais eu $20 en poche je les lui aurais offert tellement je suis transporté par l'ambiance. Il me dit qu'il "habite" dans le quartier depuis plus de 30 ans et qu'il n'a jamais vu les gens aussi heureux sur Union Square - qui ce soir porte bien son nom. Il n'a plus rien à attendre de son pays, mais il est fier et heureux.


Sur Geary, je discute avec un second homeless qui s'est mis sur son 31 pour fêter ça. Lui aussi est, pour la première fois, fier de son pays. Il rigole quand je lui dis que la France aussi est heureuse ; puis il me demande pudiquement, au creux de l'oreille, une petite pièce.


Ce soir, cetains taxis roulent gratuitement pour les supporters d'Obama. Par le fenêtre, un homme exulte en agitant un portrait du nouveau président. Depuis quand un homme en turban n'avait-il pas chanté une ode à l'Amérique ? Ne serait-ce pas ça aussi, la magie Obama ?


0h30. Je repars pour Stanford avec les yeux qui pétillent. Je souris en entendant à la radio l'interview d'un sympathisant républicain qui se demande s'il va lui falloir acheter le Manifeste du Parti Communiste pour comprendre la future politique économique de son pays.
"Change we can believe in"... Effectivement, c'est certain, le changement est là !

[vidéo à venir, le temps de la monter...]